L’ADELC
a été créée par des éditeurs de littérature générale soucieux de favoriser la
diffusion de la création éditoriale en apportant à des libraires les moyens de se
développer et de conserver leur indépendance.
Le terme
de « librairie de création » marque en lui-même le lien entre un type
de vente de livres au public et la défense d’une certaine idée de la création
éditoriale. Ce lien se décline à travers plusieurs principes : la prise de
risque sur des auteurs, particulièrement des auteurs non encore confirmés ou
dont l’audience n’est pas proportionnelle à la dimension culturelle ou
intellectuelle de leur œuvre ; l’engagement à long terme auprès d’eux
grâce à des politiques de catalogue, pour les uns, et au maintien d’une offre
de livre de fonds, pour les autres ; la recherche d’un équilibre
économique global où les gains tirés des meilleures ventes financent les titres
de qualité dont la rentabilité n’est pas immédiate. Cette communauté de destin
entre éditeurs et libraires « de création » se prolonge à travers une
relation commerciale privilégiée, dans l’esprit de la loi du 10 août 1981, qui
place au premier plan la dimension qualitative de la relation entre l’éditeur
et la librairie.
La
création et le développement de l’ADELC sont
indissociablement liés à l’existence du prix unique du livre, dont les éditeurs
adhérents à cette association partagent et défendent fondamentalement les
objectifs.
En corrigeant les mécanismes
du marché, la loi du 10 août 1981 a renforcé la reconnaissance de la
spécificité du livre en soulignant qu’il ne pouvait être réduit à un produit
marchand banalisé. Cette loi a permis de maintenir et de développer un réseau
dense et varié de librairies à travers l’ensemble du territoire. Son principal
objectif étant bien sûr de défendre la diversité et la richesse de la création
à travers la diversité et la richesse du réseau des librairies.
Si cet
objectif a été en large partie atteint, la concentration des points de vente du
livre rappelle néanmoins, de plus en plus vigoureusement, que les équilibres
qui prévalent encore ne seront sauvegardés que par un engagement des
professionnels eux-mêmes en faveur de la régulation du marché du livre et de la
diversité de ses acteurs : auteurs, éditeurs et libraires.
Au vu
des statistiques portant sur les parts de marché des différents circuits de
vente qui accordent à la librairie un cinquième des achats de livre, on
pourrait considérer que ce combat est en grande partie d’arrière-garde. Cette
approche strictement quantitative nivelle néanmoins les qualités propres aux
différents circuits de commercialisation du livre. En effet, si l’on ne retient
que la vente au détail, la librairie indépendante représente plus de 40 % du
marché. Pour certains types de fonds, certaines nouveautés ou certains
éditeurs, cette part devient largement majoritaire. La librairie n’est donc
sans doute pas la mieux placée pour « faire masse » sur les titres de
grande diffusion. Mais elle demeure incontournable pour donner, à l’origine,
une audience aux livres de création et, dans le temps, pour maintenir ces
ouvrages, devenus des références, à la disposition du public.
La
librairie aurait-elle, seule, les moyens économiques de faire face aux défis
que représentent la concentration des réseaux de vente, l’accroissement de la
production qui requière des surfaces commerciales plus étendues et un personnel
de plus en plus qualifié, ou la raréfaction de ceux que les enquêtes
statistiques appellent les « gros » lecteurs et qui sont aussi les
lecteurs les plus « fins », c’est-à-dire les plus curieux des
nouveautés et des livres du fonds ?
À cette question, les
études sur la situation économique des librairies apportent indéniablement une
réponse négative. En effet, si la situation économique des librairies les plus
grandes a tendance à s’améliorer, leur rentabilité n’en demeure pas moins l’une
des plus faibles dans l’ensemble du commerce de détail et les charges qu’elles
supportent deviennent de plus en plus lourdes, d’où une difficulté à attirer et
garder du personnel qualifié. L’insuffisance de capacités propres d’investissement
obère également leur capacité à se développer. En outre, ce contexte ne
favorise pas la transmission des librairies à de jeunes libraires ne disposant
pas des moyens financiers pour racheter des sociétés dont la valeur s’est
accrue du fait de leur développement et de leur emplacement en centre-ville.
Ces difficultés sont sans doute encore accentuées pour les librairies de taille
plus modeste.
L’ADELC ne fonctionne pas pour autant en « circuit
fermé » entre un certain type d’éditeurs et un certain type de libraires
qui leur servirait de chambre d’écho. La mission d’intérêt général qui est la
sienne implique que ses interventions financières ne soient pas guidées par l’intérêt
de ses membres. Sa contribution au maintien et au développement d’un réseau de
librairies indépendantes et de qualité profite à l’ensemble de la création
éditoriale, donc à l’ensemble des éditeurs, adhérents ou non à l’ADELC. Ne fonctionnant pas dans une logique de retour sur
investissement à court terme et quantifiable, son rôle est de contribuer au
maintien et au développement d’un « éco-système »
garantissant la diversité et le renouvellement
de la création et permettant de répondre à la demande et de susciter la
curiosité du public.
Enfin, l’ADELC ne concentre pas ses interventions sur les seules
librairies répondant d’ores et déjà aux critères et aux exigences des
« librairies de création ». La mission qu’elle s’assigne est
également de participer, à la place qui est la sienne, à l’avenir de la
librairie, au renouvellement, à la professionnalisation et à la prise de
responsabilité de nouveaux libraires. D’où sa volonté d’ «investir »
dans des librairies en devenir, en les accompagnant, certes financièrement,
mais également, dans le temps, par un travail régulier sur le terrain et, le
cas échéant, en suscitant des confrontations avec d’autres libraires plus
expérimentés, sous forme d’échanges ou de formation.
I.Le comité
d’engagement.
a) Rôle du délégué
général
Les dossiers de demande : Le délégué
général reçoit et instruit les dossiers de demande d’aide. Ces dossiers
ont été précédés d’entretiens
téléphoniques. Leur instruction donne lieu naturellement à une visite du délégué général (parfois
accompagné de l’un ou autre des membres du comité d’engagement), de la
librairie ou sur le lieu de la future librairie quant il s’agit d’une création
ou d’un déménagement.
D’une manière générale
le délégué général veille au bon fonctionnement de l’association et à sa bonne
gestion sous le contrôle du comité d’engagement.
b) Fonctionnement du
comité d’engagement
Le comité d’engagement
se réunit au minimum une fois par mois. Les
nouveaux dossiers doivent être transmis
quelques jours auparavant, de manière à pouvoir être étudiés par chaque membre
du comité d’engagement. Pour certains dossiers
qui requièrent une réponse urgente, le comité d’engagement peut se réunir à titre exceptionnel. Le délai
de réponse varie entre 1 et 3 mois après la réception du dossier.
c) Définition des
librairies éligibles
L’ADELC
aide des librairies qui concourent autant au maintien des fonds éditoriaux qu’à
la défense de l’édition de création
ouverte à tous les publics. L’ADELC privilégie
des librairies-magasins animées et dirigées par des libraires qui
maîtrisent économiquement et culturellement leurs projets personnels d’entreprise,
en rapport avec leur public et leur environnement.
Sont exclues les
librairies dont la majorité du capital n’est pas détenu par un ou plusieurs
libraires, leurs représentants ou des proches familiaux.
Sont également exclues
les librairies d’assortiment spécialisé dans des domaines autres que la
jeunesse ; ce secteur, comme la
littérature générale, étant de ceux qui contribuent principalement au dynamisme, à la diversité et au renouvellement de la création.
II.Type de projets étudiés
Les projets doivent
être présentés par des libraires professionnels
ou des personnes ayant acquis une formation d’au moins 6 mois in situ dans une librairie. Ces projets
doivent correspondre à l’une des catégories suivantes :
-
Création
-
Agrandissement
-
Déménagement
-
Restructuration de fonds propres
-
Restructuration de fonds de roulement
-
Rénovation
-
Rachat, mutation du capital
Les renvois en fin de
texte sont là pour illustrer de manière concrète les différents type d’aide y
compris dans leur caractère parfois exceptionnel.
III.Modes
d’intervention
a) Apports en capital
et compte courant et conditions de sortie
Dans la mesure du
possible, l’ADELC apporte son concours à un projet de
développement de librairie sous forme de comptes courants d’associés
remboursables. L’ADELC se porte acquéreur d’au moins
5 % du capital social de la librairie et verse en compte courant le reste de la
somme allouée. L’entrée de 5% minimum dans le capital permet un apport en
compte courant non rémunéré en conformité avec le droit bancaire. Le maintien
de l’ADELC en capital et compte courant sont soumis à
conditions en termes de durée et de sortie prévues dans le pacte d’actionnaires
comme dans la lettre d’engagement.
Sauf exception, et pour
des périodes courtes, l’ADELC s’interdit toute prise participation lui autorisant
une minorité de blocage ou une majorité dans le capital social de ladite
librairie.
Voir l’intervention de
l’ADELC dans le capital de la librairie l’Atelier,
Paris 20e , en 2002 et 2003 et le montage juridique élaboré
en 2005 pour permettre sa transmission.
Dans le cadre des aides
au rachat ou à la mutation de capital, l’intervention de l’ADELC
peut se faire par une entrée en capital et un apport en compte courant à une
Holding. Ce type de montage juridique permet à des libraires professionnels de
se porter acquéreurs de tout ou partie du capital d’une société d’exploitation
de librairie au moyen d’endettement plus long et cela malgré des apports en
fonds propres souvent faibles.
b) Prêts relais
Le Comité d’engagement
de l’ADELC peut être amené à apprécier certaines
situations temporaires de librairie où le prêt relais à court terme est une
solution. Il ne peut s’agir que de librairies dont l’ADELC
est déjà actionnaire.
c) Subventions
La subvention est un
moyen pour l’ADELC d’apporter son concours à des
librairies dont la forme juridique est l’entreprise individuelle, EURL ou tout
autre cas.
d) Formation et
accompagnement
L’ADELC
a pour règle de s’assurer du professionnalisme des libraires auxquels elle apporte son concours.
Les projets de
création, de rachat ou de développement de librairie présentés par une personne
non libraire , outre l’apport financier, peuvent faire l’objet d’un accompagnement du futur libraire par un
libraire conseiller, après accord du comité d’engagement et sous le contrôle du
délégué général. Parallèlement, il est proposé un stage de formation in situ dans une librairie.
Les missions d’accompagnement
par un libraire conseiller sont également destinées à
des libraires déjà aidés par l’ADELC et qui
rencontrent des difficultés.
L’ADELC
ne s’interdit pas, en fonction des dossiers qui lui sont soumis, d’innover dans
ses modes d’intervention, et ce afin de mieux remplir les missions qu’elle s’est
assignées.
IV.Instruction des dossiers
Le dossier doit comporter une lettre de
demande argumentée qui présente le projet d’un point de vue culturel,
commercial et économique. Un prévisionnel d’exploitation et de trésorerie sont présentés à l’appui de la
demande. Par ailleurs le dossier contient une copie du bail commercial, les
statuts à jour de la société, le dernier bilan détaillé et la liasse fiscale.
V.Mode de communication des décisions
Les décisions
négatives.
La réponse négative à
une demande d’aide se fait par courrier. Par principe, cette réponse n’est pas
motivée.
Les décisions
positives.
-
Entrée dans le capital et apport en compte
courant.
La réponse positive à
une demande d’aide fait l’objet d’une lettre d’engagement et d’un pacte d’actionnaires.
-
Versement d’une subvention
En règle générale, le
montant de la subvention se calcule sur la base de l’échéancier du prêt bancaire, une lettre
confirmant le montant de la subvention est adressée au libraire. Dans certains
cas le montant de la subvention peut être déterminé d’une autre manière
répondant sur le moment parfaitement aux besoins de la librairie.
VI.Suivi des dossiers
a) Suivi
général
Les librairies aidées
par l’ADELC sont suivies tout au long des années
durant lesquelles l’ADELC est présente dans le
capital. Chaque librairie doit convoquer l’ADELC aux
assemblées générales et transmettre systématiquement les rapports de la
gérance, les procès verbaux et les documents comptables.
Par ailleurs L’ADELC souhaite être
informée de toutes les décisions importantes liées au développement de l’entreprise,
comme l’ouverture d’un nouveau magasin, un agrandissement, une modification du
capital.
a) Suivi des
créations
Il est prévu, notamment
dans le cas des créations, un accompagnement plus rapproché, surtout durant les
deux premières années, période pendant laquelle il n’y a pas de remboursement.
VII.Partenariats et coopérations possibles
L’ADELC
peut nouer des partenariats avec des organismes ou personnes extérieurs, si
ceux-ci concourent aux objectifs contenus dans cette charte et permettent d’amplifier
l’action de l’ADELC au service des librairies de
création. Ces partenariats sont proposés par le comité d’engagement au conseil
d’administration qui décide de son approbation.